Histoire de la base de radionavigation Erika 2




Dissimulé sous de grands filets de camouflage, le chantier de construction de la station de radionavigation de Saint-Pierre-Eglise débute à la fin de l'été 1941. Il dure environ 1 an.
Le cœur de la base est constitué de neuf bunkers et de plusieurs citernes enterrées .
Au nord, six d'entre eux sont chacun surmontés d’un pylône en bois de 20 mètres de haut supportant 4 antennes tubulaires.
Au centre, le bunker de commandement est interconnecté à l'ensemble des ouvrages.
A l'Est et à l'Ouest, les deux derniers abritent chacun un puissant groupe électrogène et un groupe secondaire de plus faible puissance. Plusieurs baraquements en bois situés dans le périmètre de la base permettent de loger des techniciens et transmetteurs de l'armée de l'air allemande.
(Abteilung II / Luftgau Nachrichten Regiment 12 (II./L.G.N.Rgt.12)).


La base (WN 158) est protégée par des réseaux de barbelés, des champs de mines, et des nids de résistance (Widerstandsnest) constitués notamment de batteries antiaériennes de Flak* légère situées à l'est (WN 157) et à l'ouest (WN 159).
Ces deux derniers emplacements, chacun dotés de trois pièces "Flak 30" à tir rapide, sont servies par des hommes de la 4./leichte Flak-Abteilung 835 (4./le.Flak.Abt.835) disparus à Cherbourg en août 1944.
D'une portée de 2200 m en altitude, ces canons tirent des obus de 2 cm (20 par chargeur amovible) à une cadence de 120 coups/minute. 7 servants par pièce sont nécessaires pour en assurer le fonctionnement.
Enfin, une sentinelle, installée en haut de l'un des pylônes, assurait la surveillance de la base.
* Flak : Flugabwehrkanone


Cette base est le deuxième maillon du système de radionavigation baptisé Erika. D'une portée de 350 km, son objectif est de contribuer à guider les bombardiers avec précision jusqu'à leur cible.
Le premier maillon de ce système est installé à Equihen-Plage (Boulogne, France).
Le troisième est situé à Irschenberg (Oberbayern, Allemagne).
Le quatrième est situé à Flachberg (Tulln, Autriche). Ce dernier a aujourd'hui totalement disparu.
Les ondes émises par les stations sont reçues à bord des avions par 4 récepteurs E.B.L.3 raccordés à un appareil de contrôle FuG 121. Les fréquences utilisées sont comprises entre 30 et 33,3 MHz.


A l'été 1942, lorsque le système Erika devient opérationnel, la Luftwaffe n'est plus en mesure d'attaquer la Grande-Bretagne avec des bombardiers.
Après une brève période d'évaluation de ce système en vol, il s'avère assez sensible au brouillage. Il est rapidement remplacé par le système "Bernhard".
Bombardée le 17 février 1943 puis le 5 juin 1944, la base subit des dommages superficiels.
Après avoir procédé à la destruction des pylônes en bois supportant les antennes, les occupants abandonnent le site dans la nuit du 20 au 21 juin 1944 pour suivre le repli général des troupes allemandes du Val de Saire vers la forteresse de Cherbourg (Festung Cherbourg).
A partir du 25 juillet 1944, les troupes américaines puis la marine française étudient les installations.


Les matériaux et matériels restés sur le site sont ensuite vendus par les domaines. Une entreprise de Saint-Pierre-Eglise achète les poutres de bois des pylônes d'antennes. 15 jours sont nécessaires pour les démonter, les transporter en charrette à cheval et les décharger dans le centre du bourg.
Située en zone naturelle, les ouvrages bétonnés d'Erika 2 sont relativement préservés depuis la seconde guerre mondiale.
Les trois ouvrages situés en partie haute du terrain restent très sains.
Situées en partie basse, les embases d'antennes sont en revanche plus humides voire inondées une grande partie de l'année.
L'une d'entre elles est particulièrement dégradée suite à l'incendie d'un stock de paille occasionné par un acte de malveillance d'un squatteur.
Il ne subsiste aucune trace des baraquements légers en bois démontés juste après-guerre.